7121 Culture | Journal d'un hom(o)me refoulé

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Journal d'un hom(o)me refoulé
Un blog Yagg
Culture | Non classé | Perso | 18.03.2017 - 10 h 25 | 0 COMMENTAIRES
Ce n’est qu’un au-revoir !

Hello à tous et à toutes ! 🙂

Petite info pour ceux qui aiment mes articles et souhaitent continuer à les lire après la fermeture des blogs Yagg, j’ai un petit blog perso (encore en construction donc soyez indulgents) ! 🙂 Vous retrouverez tous mes articles depuis le début !

Je ne posterai plus d’articles sur Yagg, tout se passera ici : –>      https://unhommeenbalade.wordpress.com/

 

Culture | Non classé | Perso | 08.03.2017 - 18 h 18 | 0 COMMENTAIRES
Un Soir d’Hiver : Colère

Non, je ne suis pas mort, non, je ne suis pas parti vers d’autres horizons lointains qui font rêver chacun et qui au final, déçoivent par leur banalité. Je me suis juste perdu en chemin, dans un chemin boueux, profond, avec du vent dans le visage, les yeux à demi-fermés, luttant faiblement contre une tempête qui me dépasse. Comme un acteur qui lutte contre un énorme ventilateur, sensé représenter un cyclone ou un typhon (je ne connais pas la différence et je m’en fous), je lutte, lutte, une lutte acharnée et vaine car elle ne concerne que moi et qu’elle ne pousse que ma personne. Je me suis perdu dans mon orientation, dans ma situation personnelle comme professionnelle, je me suis remis grandement en question, il y a des périodes dans la vie où on se remet en question brutalement et de manière vraiment exhaustive, la fin 2016 a été une de ces périodes-là et d’ailleurs, elle l’est toujours, plus ou moins. Je dis pas que maintenant j’ai tout résolu, loin de là, mais j’ai mis de l’ordre dans ma vie et il me reste encore de grandes étapes à franchir pour être totalement libre, libre au point de ne plus avoir l’impression d’être enchaîné à un bloc de béton, de ne pas pouvoir vivre librement, d’être encore sous une contrainte. Je n’exprime cette liberté que dans ma maigre chambre qui fait office d’appartement, je l’exprime par une nudité quasi-quotidienne, de la danse, du chant, du yoga à poil, des exercices de sport. Quand j’arrive chez moi, je quitte mes habits pour me geler les couilles agréablement, j’augmente la température de mon radiateur, je mets une petite musique histoire de faire bien cliché comme Macho Men des Village People et c’est parti pour une soirée des plus classiques. J’ai pris cette habitude de me balader à poil chez moi, de faire mes révisions à poil sur mon lit, de danser et de faire du sport à poil, de faire la vaisselle à poil, de me préparer à manger, d’appeler mes amis, d’envoyer des textos, de chatter, …etc. Bref, une vie normale mais sans vêtements et je serais tellement heureux de pouvoir le faire en dehors de mon appartement, par exemple aller faire mes courses, ce serait un pied pas possible. On a tous plus ou moins tenté l’expérience de se balader sans caleçon ou sans culotte un jour, histoire de voir si ça change quelque chose, c’est pas extrêmement bien, en fait, tout est plaqué contre le pantalon et du coup, l’espace devient vite irrespirable, les testicules se tordent et la marche quotidienne devient un calvaire. Certains le font par habitude, moi, je ne le retenterais pas de si tôt. J’ai l’impression que je m’épanouis seul et non plus accompagné comme autrefois, j’ai cette impression de concentrer (à tord!) toute mon attention sur ma petite personne, comme un égoïste pur et simple qui regarde pas plus loin que le bout de son nez. J’articule ma vie dans mes loisirs, ma vie professionnelle, sans pour autant jubiler d’un bonheur commun ou partagé, le partage dans ma vie se résume à ma vie sexuelle où c’est bien le seul moment où je partage des choses avec des inconnus ou des connaissances, parfois dans une joie commune, parfois dans une joie unilatérale, parfois dans aucune joie, parfois dans le regret, parfois dans la peur et l’ennui. Je fais des étirements jusqu’à sentir mes muscles se tendre au maximum, avoir l’impression qu’il n’y a plus de mouvements possible et je reprends mon souffle et mes muscles trouvent une seconde force interne qui les tend encore une fois plus loin, comme lorsque plus jeune, je m’essayais à l’auto-fellation, au plaisir que cela pouvait procurer mais surtout au mal de dos le lendemain, à chaque fois, toujours le lendemain. Je m’étire dans l’espoir de me déformer, de rendre mon corps malléable, comme un bout de pâte à modeler, de le rendre aussi méconnaissable dans sa maigreur, mes côtes ressortent de plus en plus, j’ai le ventre de plus en plus plat, je perds les muscles que j’avais difficilement fait gonfler, je deviens un haricot sec qui n’a plus vu d’eau depuis des années. Je perds des kilos mais je gagne en souplesse, en équilibre, en apaisement, en communication avec moi-même, en équité et en paix intérieur, je sais, tout ça, on dirait une brochure de chez Nature & Découvertes mais c’est la vérité, c’est parfois des citations bateau qui ont plus de sens que des citations à rallonge à la mode. J’ai beau être seul, j’ai trouvé en moi une paix et une acceptation grâce à la méditation et la remise en question. J’ai beau ne pas connaître, ni côtoyer mes voisins (certains sont de beaux mâles, dont un certainement gay, j’en suis sûr), j’ai le sentiment d’être entouré et d’être apaisé, le sexe n’est plus une nécessité comme autrefois, il n’est plus le reflet d’une liberté, il est un accompagnement facultatif dans une vie déjà pesante et tortueuse. Le sexe n’est plus une obligation, une pulsion monstrueuse difficile à dresser, c’est un plaisir de la vie comme un autre, comme manger, sortir, se cultiver, c’est aussi simple que cela. Il est loin le temps où le sexe était une raison de vivre et où, tout juste sorti d’un célibat interminable, il était mon shoot de coke, ma substance addictive, la chose à faire et à développer absolument, histoire de montrer à tous que je ne suis plus cet homme ennuyant et timide, inutile en somme que j’étais auparavant… Suis-je assez fou pour croire toutes ces interrogations ? Suis-je le seul à penser de la sorte, je ne le saurais jamais, je ne suis pas assez fou pour ça.

Pour couronner le tout, je me suis inscrit sur Grindr/Hornet, applications qui font polémique par sa stigmatisation mais qui sont néanmoins indispensable à l’épanouissement de certains hommes en manque d’affection, de sexe et d’amour (effectivement, on sait jamais). J’ai sauté le pas en mettant une photo de mon visage sur mon profil, j’ai sauté le pas en rencontrant mon premier plan grâce à l’appli, j’ai sauté le pas en me détestant une fois le plan terminé, j’ai sauté le pas en désinstallant l’application un soir et en la réinstallant le lendemain matin, j’ai sauté le pas quand je découvre les mêmes têtes tous les jours connectées au même moment, j’ai sauté le pas quand la photo d’une bite fait office de BONJOUR, j’ai sauté le pas quand il est plus simple de jouer au loto que de trouver une relation amoureuse. Ne nous mentons pas non plus, à la base, on télécharge cette application pour baiser, purement et simplement, on se ment terriblement si on le fait pour « rencontrer le prince charmant que je rêve depuis toujours », c’est vivre dans un conte de fées qui n’existe pas et qui n’a jamais existé. On est pédé, on est jeune, on est vivant, on est pas naïf (je parle pas pour tout le monde) donc on cherche pas en priorité un amant, un amoureux, RETOUR AU COLLÈGE MESSIEURS. En ouvrant l’application, on découvre un panel monstrueux d’hommes plus ou moins frustrés par la vie, plus ou moins touchés par la grâce, plus ou moins cons, plus ou moins instruits, un pot-pourri qu’on trouve dans les toilettes, histoire de masquer les mauvaises odeurs, une sorte de leurre où les corps fabuleux règnent en maîtres incontestés, un physique qui fait regretter son ventre un peu grassouillet, qui fait regretter la taille normale de son pénis, des regrets qu’on retrouve lorsqu’on regarde du porno, autrement dit, tout ça n’est pas la réalité. Quant il s’agit de rencontres amoureuses ou de plans culs, la concurrence amène la jalousie (j’en suis un vestige, bonjour) qui amène la haine et l’envie, qui amène la colère, qui amène la tristesse, qui amène la dépression et qui amène ensuite tous pleins de misères. La preuve, je n’ai jamais de réponses spontanées et si j’en ai, c’est rarement des hommes qui me plaisent. Car je me rends compte que je deviens gâteux, un vieux bobo mondain qui trie les hommes comme on trierait des feuilles de salades pour mettre dans un plat gastronomique, c’est tout ce dégoût de moi-même qui s’accumule et qui fait que je me déteste de plus en plus, gavé de pensées qui me dépassent. C’est terrible de se voir comme ça, autrefois, quand j’avais un portable pourri qui ne faisait pas d’applications, j’étais innocent, préservé de cette sélection commerciale et superficielle que ces merdes produisent. Mais galvanisé par une excitation proche de la perversité maladive, j’embrasse ma curiosité et je télécharge ces applications, rien que pour savoir quel est l’homme charmant qui se trouve le plus proche de chez moi. C’est pour entretenir des fantasmes terribles, et je me rends compte que je n’ai guère changé mes habitudes, je me masturbe à la même fréquence, je fréquente les mêmes sites porno, j’ouvre toujours tous les matins les applications à la recherche d’un message imaginaire posté la veille au soir mais contrairement à ce moment de routine, en ce moment, je suis dans une phase descendante où tout me dégoûte, mon corps, mon sexe que je ne touche quasiment plus hormis aux toilettes, le sexe en général, je continue de parcourir les milliers de visages sans nom qui peuplent ces temples de la baise gratuite et rapide comme si on parcourt l’application de VDM, rien que pour passer le temps, sans but précis. Et puis évidemment, on tombe sur les pires hommes de la Terre, ceux qui ont la cervelle collée à leurs couilles ou à leur ego et non, ils ne cherchent pas d’hommes « normaux » mais que des « masc » parce qu’on est pédé mais bon, on veut pas non plus qu’on le soit trop alors les « tafiolles » ou les « folles », du balai ! Bref, c’est marrant mais c’est surtout triste de voir que le type d’homme en vogue est un homme masculin, style hétéro, viril mais avec pas trop de poils, mais avec des poils quand même parce que sinon ça fait trop pédé, avec de l’esprit (pas comme eux), moins qu’eux car sinon ils se rendraient compte qu’ils sont les plus cons, avec des muscles parce que ça montre que tu passes pas ton temps à glander sur un canapé avec des chips en guise d’amis imaginaires, de la barbe parce que ça fait hipster et branchouille. EN CLAIR, de la stigmatisation pour des élites qui se croient plus intelligents que tout le monde, qui crachent et qui jugent tout ce qui a des pieds, une bite ou un cul et qui attendent patiemment, après avoir rempli leur compte Instagram de photos de leur petit-déjeuner, que les propositions arrivent sur un plateau en argent. A tous ces mecs, je leur dis : cassez-vous, vous ne faites pas parti d’un mouvement ouvert, fort et uni qu’est le LGBT crew, vous bafouez ce que des gens ont mis des siècles à construire, vous enterrez la tolérance et déterrez des principes moyenâgeux, à tous ces gens : je vous emmerde.

Culture | Non classé | Perso | 28.08.2016 - 15 h 29 | 0 COMMENTAIRES
En lisant du Bukowski, … Journal d’un Vieux Dégueulasse

Ce qui ressort de l’écriture de Bukowski, c’est la rapidité avec laquelle il enchaîne les phrases et les coups de tonnerre, l’incision de ces mots qu’il pioche dans sa tête remplie d’anecdotes toutes plus farfelues et vraies, de poèmes et de sensibilité. Une sensibilité qui n’apparaît qu’entre les mots, cachée de tous, impossible à prédire devant la vulgarité et l’obscénité de ses histoires. C’est justement l’atout principal de Bukowski, il a tellement vécu de scènes et d’histoires dans sa vie, il a tellement fait tous les métiers possibles et imaginables qu’il est à même de pouvoir raconter tout et n’importe quoi à ses lecteurs passionnés. Je suis tombé par hasard sur un de ses premiers livres Journal d’un vieux dégueulasse, un recueil de chroniques écrites à la va-vite pour un journal local sans intérêt et ça m’a pris en haleine du début jusqu’à la fin car il a cette facilité à intéresser son auditoire pour la sodomie et les bromances, les putes, la bière et le vin. Il est dégueulasse, répugnant, au physique ingrat et c’est ça qui fait tout son charme. Enfin un écrivain de la rue, pauvre et terrifiant, pas un de ces bobos parisiens qui va chercher son inspiration dans le cul de ses maîtresses et dans les hôtels particuliers. Bukowski est le conteur de la rue et de toute son activité aux États-Unis depuis les années 70, écrivain dit raté, ses recueils et ses poèmes sont impubliables et personne n’ose montrer ça aux gens, rien que le fait de savoir qu’on peut aimer lire du Bukowski vous fait changer de quartier car c’est pornographique et ostentatoire. Jamais personne ne peut aimer lire du cul et se délecter en plus d’une prose agréable, perdue entre les mots nichon, tété, chatte et j’en passe. Certes, c’est vulgaire mais c’est véritable et légitime. Pas besoin de passer par des métaphores pompeuses ou illisibles, il décrit directement la scène qu’il lui est arrivée. Parfois, il peut s’agir d’histoires inventées mais elles sont aussi folles et impensables que les autres. Quand on sait qu’il a rencontré de son vivant Allen Ginsberg, Jack Kerouac et d’autres hommes de la Beat Generation, Sir Henry était bien entouré et adulé auprès de ses confrères.

Ca ne m’était jamais arrivé de tomber autant amoureux d’un style et d’un écrivain, après Journal d’un vieux dégueulasse, j’ai dû acheter Contes de la folie ordinaire et Souvenir d’un pas grand-chose et je ne m’arrêterais pas en si bon chemin car on a beau être habitué par son style, ses histoires sont toutes aussi alléchantes. Loin d’être répétitif, au contraire. Dommage qu’il soit parti si vite, victime de sa débauche et de ses addictions et je trouve encore qu’il est inconnu pour la plupart des gens, condamné à être connu et lu par une minorité curieuse et adepte de folie, malheureusement. Alors je vous en supplie, lisez au moins le Journal d’un vieux dégueulasse et faites-vous une idée par la suite, bonne ou mauvaise impression, il ne nous laisse pas indifférent.

Culture | Perso | 28.08.2016 - 14 h 11 | 4 COMMENTAIRES
« The Way He Looks » (« Au premier regard » en français) ou un amour véritable et invisible

De Daniel Ribeiro (2014)

Avec Ghilherme LoboFàbio AudiTess Amorim

Bande annonce en version originale, sous-titrée

Je suis tombé par hasard sur ce film dans une liste sans fin de films LGBT à voir absolument et j’en suis tombé amoureux. Un film naturel, brésilien avec de beaux et jeunes acteurs/actrices, gay mais aussi sensuel, sans rentrer dans du cul-cul lassant et vomitif.

Le speech en rapide : 

« Un jeune homme prénommé Léonardo, aveugle de naissance, vit sa vie d’écolier avec l’aide de sa meilleure amie Gi. Ce petit monde est bousculé quand un nouveau arrive dans la classe, Gabriel… »

La description d’un film romantique tout joyeux, parfait pour une soirée seul(e) ou accompagné(e), pour tuer le temps avec un film de qualité, sans perdre son cerveau ni son sens critique. Quand on survole la présentation, on peut se dire que c’est encore  une première histoire d’amour impossible entre deux jeunes hommes, où l’un des deux ne va pas assumer son côté gay et laisser l’autre en plan pour ne plus jamais se retourner et vivre ainsi sa vie d’homo refoulé. NON, c’est au contraire, un film sans surprises avec de la tendresse et une nouvelle approche car il s’ajoute un handicap dans l’histoire : être aveugle. Ça fait ressortir le fait que dans une histoire d’amour, la vision n’a peut-être pas obligatoirement sa place et être aveugle induit ainsi une certaine marque de sensualité qui se surajoute comme les caresses, l’odeur, l’ouïe et la voix charmante de l’être aimé. C’est tout un système de séduction repensé et réutilisé, charmant et beaucoup plus fort et profond qu’une approche amoureuse « traditionnelle » avec des mots, des jeux de regards et j’en passe… Et c’est ça qui touche dans ce film, au début, on le voit dépendant de sa meilleure amie et enfermé dans une routine à deux et là, rien que de faire arriver un troisième compagnon, bouscule les codes et les sentiments, les projets d’avenir et toute la vision qu’on avait du futur. Un peu comme si on se levait tous les matins hétéro depuis sa naissance, qu’on tombait sur un magnifique mec par hasard et que, derrière, toute sa conception individuelle subissait un tremblement de terre dévastateur, un changement de mentalité efficace et surprenant. De plus, on peut se dire qu’au vu de l’âge des acteurs, le film va tomber dans la scène de sexe rapidos hyper gênante ou encore l’engueulade avec les parents quand ils découvrent la sexualité de leur fils adoré comme un bon gros film LGBT de base, pas besoin de ça… Les sous-entendus et la timidité juvénile donnent à ce film un brin d’air frais dans une forêt de clichés grossiers et racoleurs.

Le film a raflé énormément de récompenses un peu partout où il a été nominé, le jeu des acteurs et particulièrement celui de Léo est remarquable, Gabriel est vraiment craquant par ailleurs. Si vous ne savez pas quoi faire un soir et que vous cherchez un film attendrissant et simple, regardez-le vite!

Culture | Non classé | 05.06.2016 - 09 h 38 | 0 COMMENTAIRES
Cinépride Nantes 2016

Comment ne pas passer à côté de cet événement culturel si intéressant et si ouvert d’esprit ? On ne peut pas ne pas y aller quand on habite dans le coin : on achète son billet sur Internet ou sur place, il reste en général quelques places, on donne son ticket à déchirer, on se dirige en salle 2, on monte quelques marches et nous voilà dans une belle salle, assez grande pour accueillir pleins de spectateurs curieux et heureux de découvrir un genre cinématographique de plus en plus populaire. On le voit maintenant dans des films comme Tangerine aux Etats-Unis qui gagnent des prix, l’Independant Film Award dans l’exemple de Tangerine ou encore les films de Xavier Dolan qui acquièrent d’années en années une notoriété mondiale, plusieurs fois primé à Cannes et dans d’autres festivals. On ne peut être qu’heureux d’un tel intérêt, témoin d’un changement des mentalités, les films LGBT ne sont plus vus comme l’expression d’une minorité montrée du doigt, c’est plus vrai pour les films gays que pour les films trans mais heureusement, il y a eu de l’évolution depuis une dizaine d’années.

Je vous invite à regarder la bande annonce du festival qui promet vraiment, cet article est certes un peu tardif mais au moins, ça peut vous chauffer pour aller y faire un tour l’année prochaine. Cette année, le festival a fait plus parlé de lui, contre son gré d’ailleurs, au sujet des pertes de subventions accordées par la région… Comment peut-on se désintéresser d’un festival vieux de plus de 10 ans du jour au lendemain, sur fond cruel d’homophobie et de transphobie ? Le pire, c’est que ce n’est pas un phénomène isolé et que des fonds sont souvent détournés pour d’autres événements plus « normaux et populaires ». DÉSESPÉRANT ! Enfin, le petit coup de gueule de passé, on revient à la sélection de films qui cette année, je dois dire, est particulièrement bien choisie : on passe de films plutôt grand public à des films authentiques, modestes et crus.

Je le dis maintenant, je n’ai pas pu malheureusement voir chaque film du festival mais j’en ai fait une petite sélection :

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Le premier Théo et Hugo dans le même bateau d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau, il y avait la projection du film suivie d’une séance de questions-réponses avec les réalisateurs. Ce film est vraiment excellent que ce soit par l’authenticité du jeu des acteurs que par le scénario qui est loin d’être si naïf au premier abord. Une femme dans le public a dit très justement que ce film pourrait être un film de prévention au vu de la progression des personnages et de leur situation commune. Mais c’est pour moi, plus qu’un film de prévention, c’est aussi un film d’AMOUR en majuscules s’il vous plaît! Je ne veux pas vous spoiler ce beau film mais il est l’image des réalisateurs, c’est-à-dire engagé, modeste, revendicatif, éducatif, amoureux.

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Le deuxième qui m’a beaucoup plu est Real Boy de Shaleece Haas qui trace la transition d’un jeune trans Bennett Wallace avec ses peines et ses joies et l’évolution de l’acceptation de sa situation par sa mère. On voit progressivement le changement des mentalités de cette nouvelle qui peut être bouleversante pour la famille et qui plus tard, est acceptée. C’est un beau film qui, selon les concerné(e)s, reflètent une réalité et une véritable histoire individuelle. Ben est une histoire, il y en a pleins d’autres qui ne demandent qu’à être narrées.

Asian

Je termine sur la sélection des courts-métrages dont on voit une grande partie dans la bande-annonce. Les courts-métrages sont à l’image du festival : hétéroclites, sentimentaux et drôles. Celui qui m’a le plus plu est un petit film nommé D. Asian, l’histoire d’un enfant qui s’amourache d’un camarade asiatique, un film fort de sens et de déclarations, percutant et amusant de par le jeu des jeunes acteurs et les dialogues incisifs.

Je vous conseille grandement d’aller y faire un tour par curiosité, hétéros ou LGBT car c’est certes un festival de films LGBT mais ce n’est pas exclusivement réservé pour eux/elles. Bon(s) film(s) !

Culture | Non classé | 05.05.2016 - 18 h 15 | 0 COMMENTAIRES
« Tangerine » ou le début d’un cinéma trans inédit

De Sean Baker,

Sorti le 30 décembre 2015 dans la plus totale invisibilité aux yeux des français,

Avec Mya Taylor, Kitana Kiki Rodriguez

 

 

Synopsis :

24 heures dans la vie d’une transsexuelle, errante dans un Los Angeles fou et coloré, à la recherche de la fille qui a couché avec son mec. Une quête haineuse parsemée de rencontres et situations improbables…

Voilà grossièrement le déroulement du film, du cinéma entièrement filmé avec des smartphones de la marque à la pomme, trafiqué pour ne pas que ça soit trop dégueulasse à voir pour les spectateurs. Ce film, c’est le pari fou d’un réalisateur curieux de nous dévoiler un côté célèbre de la cité des anges : la prostitution. Il a rencontré par hasard ces 2 actrices dans un centre LGBT du même quartier que celui où se passe l’action du film. Alors évidemment, c’est pas un blockbuster où on s’en prend plein la gueule, on crache des punchlines d’enfer et où on trouve des femmes dépourvues de cerveau tombant dans les bras d’Hercule des temps modernes. Non. C’est la sincérité et la véritable vie de ce qui peut se passer dans un couple normal quand il s’agit de « cocufiage » ou de tromperie, que ce soit pour les hétéros, les homos, les bi ou les trans. C’est aussi une vision fixe de caméra plantée en plein milieu d’un quartier : avec ces hommes mariés qui, en manque de sensation sexuelle ou bien de frustration, engagent des prostitués, cette mixité propres aux banlieues où tout le monde se mélange et ne se juge pas, c’est exulter l’humour du quotidien. C’est réellement ça qui est marquant dans ce film, c’est la profusion des genres, des goûts et des couleurs et c’est ce qui peut donner idylliquement envie au spectateur de se barrer de sa ville conservatrice et d’aller s’installer dans ces villes riches et tolérantes. Il embellit aussi la situation des trans aux États-Unis qui est de plus en plus reconnue et tolérée mais on n’oublie malheureusement pas que ce n’est pas aussi beau dans la vraie vie et que les trans sont toujours et encore victimes de discrimination et de mauvais traitement. Mais il a au moins le mérite et la portée de faire changer petit à petit le point de vue sur les trans aux américains bien attachés à leur bible et leur principe pieu.

Bref, ce film parle d’une situation, ma foi, assez commune : l’infidélité dans un couple, et qui tend à révéler au monde un nouveau genre dans le cinéma classique américain car comme le dit si bien Mya Taylor (quelle belle femme !) dans son discours de remise du Film Independant Spirit Awards, il existe un talent transgenre ! Et l’important n’est pas de s’arrêter à ce petit bijou cinématographique mais bien de créer d’autres à partir de cette base-ci si pertinente.

En prime, le discours (en anglais) :

Culture | Non classé | 16.04.2016 - 09 h 23 | 0 COMMENTAIRES
« Demolition » ou un deuil mal accepté

De Jean-Marc Vallée (le génial réalisateur entre autres de Wild, Dallas Buyers Club, C.R.A.Z.Y.)

Avec Jake Gyllenhaal, Naomi Watts, Judah Lewis, Chris Cooper

Sorti le 06 Avril 2016 en France et actuellement à l’affiche.

Synopsis : « Davis Mitchell, un investisseur financier, perd brutalement sa femme dans un accident de voiture. Il réagit différemment par rapport aux autres à cette annonce brutale et va essayer (ou pas) de comprendre pourquoi il ressent rien vis-à-vis de la mort de sa femme. Un concours de circonstances va le pousser à dévoiler sa vie au service client d’une compagnie de distributeurs automatiques. C’est le début d’un éveil, d’une découverte épanouissante du monde qui l’entoure… »

Un joli film de 1h40 qui exploite pleins de sujets : le deuil principalement et la réaction individuelle face à un choc brutal et les mécanismes que chacun met en place pour affronter cette épreuve, l’identité et sa différence qui touche la personne anticonformiste ou l’individu unique, l’épanouissement, la beauté,… C’est un film où on pleure, on réfléchit, on est touché, on se révolte, on rit car Davis Mitchell est vraiment un personnage barré ! Avec de véritables scènes magnifiques, des prises de vue intéressantes, il s’inscrit dans la continuité d’un cinéma démonstratif, tout en retenu, ne se voulant pas du tout juge, comme une caméra abandonné dans un coin paumé qui filme tout ce qui passe dans son champ.

Servi par un casting très bien fichu, Jake Gyllenhaal se repose encore une fois sur un personnage tout en introspection, se refermant sur lui-même plutôt que de s’ouvrir, ne dévoilant qu’une partie de ses sentiments. Il est plutôt bon quand il s’agit d’intérioriser, il l’a fait de nombreuses fois dans d’autres films un peu en marge (je pense à Enemy). Il nous montre un personnage complexe, un peu torturé sur les bords, en proie à un combat intérieur qu’il ne montre pas forcément et qui, pour faire bouger les choses, démonte les objets, détruit et brise les murs à coups de masses. Une fois les actions entreprises, il peut enfin s’ouvrir, tel une fleur après une pluie fine et longue. Naomi Watts n’est pas très exploitée, elle est mise de côté, je trouve, pour montrer à la lumière son fils dans le film Judah Lewis qui vraiment m’a marqué et m’a touché. Sur fond d’adolescence, on tombe un peu dans le cliché du retournement de personnalité avec une découverte humaine, sexuelle et toutes les conséquences qui en découlent. Mais ce cliché est nécessaire pour révéler et rabâcher aux spectateurs une vérité et une réalité troublantes.

Pour finir, j’ai été attiré par la bande-annonce dès le premier coup d’œil (peut être dû au fait que j’ai littéralement bouffé tous les anciens films de Vallée) et j’ai juste conclu mon voyage dans la tête de ce jeune veuf, dans une salle de cinéma malheureusement vide (dû au peu de visibilité qu’a eu ce film). Un joli film qui ne blase pas, qui arrive à ne pas tomber dans le cliché lourd et pesant d’un deuil brutal et qui survole le sujet par une bande originale et un casting étonnants.

Culture | Non classé | 13.04.2016 - 18 h 03 | 0 COMMENTAIRES
« C’est arrivé près de chez vous » ou la marque indélébile d’un faux documentaire mythique

Monument du cinéma belge, C’est arrivé près de chez vous, sorti en 1992, explore via un faux documentaire la vie trépidante d’un tueur en série. On suit la vie de Benoît, un tueur fou, conscient de ses actes terribles et qui rationalise ses actions d’un parler rapide et incisif. On assiste à une descente aux enfers et à l’environnement pourtant chaleureux mais impuissant de sa famille et des journalistes venus le filmer.

Tourné en noir et blanc, ce film exploite un genre qui n’était pas beaucoup utilisé auparavant dans le cinéma : le faux-documentaire (le plus connu étant Cannibal Holocaust sorti en 1980). Filmé en pellicule 16 mm, il était à la base un travail de fin d’étude du réalisateur et metteur en scène véritable Rémy Belvaux, accompagné par André Bonzel le cameraman. Le travail de fin d’étude projeté et noté, l’idée d’en faire un film se développa et des scènes autrefois coupées par les professeurs furent réintégrées et d’autres ajoutées. Le film fit évidemment scandale par sa violence sexuelle, physique et psychologique : une combinaison diabolique détestée par les services audiovisuels.

Assez parlé du contexte, venons-en au fait ! On est marqué dès le début du film par la facilité quasi enfantine du modus operandi de Ben, de ses réflexions sur l’urbanisme, les « enfants du soleil », le cloisonnement de la société…etc. On assiste impuissant à l’amitié naissante entre les journalistes et cet homme pourtant si charmant au premier abord. Le film casse les codes du documentaire et on immisce les journalistes malgré eux dans une histoire qui les dépasse. Il ne déçoit jamais, il dégoûte et rend insupportable certaines scènes véritablement choquantes. Si on regarde seul ce film d’une heure trente environ, dans sa chambre, lumières éteintes, on croise mentalement les doigts pour ne pas tomber sur ce fou, venu aléatoirement tuer quelqu’un. On survole la complexité mentale d’un être torturé, encore gamin par moments, avide d’argent et d’amitié. On renifle comme par instinct les caractéristiques d’un homme trop souvent seul et autrefois déçu d’une compagnie un peu trop ennuyeuse, aimant les belles lettres et la culture populaire. Je classerais cet homme comme un gentil tueur : une personne dont on se bat pour être de son côté et surtout pas de l’autre.

C’est un film dur, violent et beau dans ces élucubrations lyriques et ces dialogues pertinents. Un film culte… certes.

La bande annonce pour les curieux…

Culture | Non classé | Perso | 13.04.2016 - 17 h 22 | 0 COMMENTAIRES
Vies Quotidiennes Délurées 2

Supporter une conversation bruyante dans un endroit clos et renfermé, boire des bières à s’en exploser le bide et ainsi vomir discrètement sur un pare-terre de pelouse dans un gargarisme bulleux, c’est vivre une vie banale de mec flingué, à la dérive, dans un environnement souillé et pernicieux. « Tu ne permets juste rien du tout. Tu vas d’abord me soigner cette mauvaise peau et ensuite tu te permets, ok ? »

18:00 Sortie près d’un square

Exhiber du papier Q en sortant du supermarché, c’est montrer aux passants la manière et le matos avec lequel on se nettoie le cul. Comme si on exposait à une partie du monde, son intimité, celle que tout le monde réalise. Car tout le monde (quasiment) se frotte le cul avec du papier une fois qu’il s’est déchargé de quelques kilos. Mais bizarrement, quand on se balade dans la rue avec des rouleaux qui dépassent de votre sac, les gens sont comme absorbés par cette offrande pudique, intime. Intrinsèquement, on réalise la même routine quand il s’agit d’aller aux toilettes mais on a une attention perverse à savoir comment les autres le font. Tel un mode d’emploi pour le cul, choisir la bonne texture des papiers, la douceur parfaite pour effleurer une peau si douce et parfois négligée.

23:30 Retour à domicile à pied

Je marche depuis plus de trente minutes, mes hanches me font mal, mes talons commencent à souffrir… J’observe les fenêtres encore allumées où des têtes dépassent, où l’on devine une décoration fleurie, moderne parfois ou encore inexistante. Je fantasme à chaque passage d’un beau mec : me faire emmener dans un de ces kebabs pour sucer quelques inconnus. Ce soir-là, je me sens terriblement excité par chaque homme que je croise, particulièrement des bruns barbus, mon kiffe. Bref, je me fais des tonnes de film, d’univers parallèles où un jeune homme esseulé tombe par hasard sur une île déserte peuplée de beaux éphèbes grecs, huileux, musclés et poilus. Aaahh quelle découverte ! Je repartirais de cette île en conquérant, un explorateur de terres vierges et sauvages, mon roman d’aventure sous le bras, écrit avec du charbon et une plume de Charakchakoua, un oiseau disparu de nos jours. Dans mon bateau, le regard à l’horizon, le soleil dans les yeux, je sourirais et j’exploserais de joie devant la satisfaction d’avoir fait une découverte majeure, d’avoir pu aussi récupérer quelques IST sur le passage et de les exporter fièrement sur le continent.

20:30 Au retour d’une pièce de théâtre magnifique

Je suis assis tranquillement dans le tram : un homme en face de moi me matte sans vergogne, en fixant mon paquet un peu boursouflé artificiellement par mes jambes croisées. Cet homme est banal, sans atout physique particulier ni charme facial quelconque. Comme un début de rencontre à la Looking entre Patrick et Richie mais qui finalement, n’aboutira pas. La scène la plus intéressante ne se passe pas avec cet homme brun mais elle se déroule à côté de moi. Une femme plutôt jeune, vers 25 ans, les habits clairs, des chaussures noires à talons, portant un discret sac à main. La chevelure blonde avec de magnifiques racines brunes, le genre de coiffure qui effraie la plus folle des coiffeurs. Elle parle fort dans son kit main-libre pour raconter une histoire des plus communes : un banal syndrome grippal chez son fils, un message super hilarant d’un certain Abdul, bref, une vie des plus pathétiques. Elle a sûrement eu un fils d’un homme qui l’a quittée juste après qu’elle ait accouchée. Comme une serviette mouillée que l’on jette après une vaisselle trop importante ou encore comme un géranium qui ne fleurit plus et qui a trop bourgeonné.

On la voit comme une mère jeune qui, pour se rebeller de parents trop protecteurs, se fait engrosser dès 17 ans par le premier venu doté d’un pénis. Et avec un peu de chance, elle se dépucellera dans le même temps. Un désir de grossesse précoce aussi incompréhensible que dangereux. Pour montrer au monde son mal-être et son instabilité psychologique, elle fait souffrir avec elle, un humain en devenir qui n’a rien demandé. Il arrive comme un cheveu dans la soupe, en plein chaos, dans une situation compliquée, complexe, difficile, bref, un terrain parfait pour un nourrisson.

Culture | Non classé | Perso | 29.03.2016 - 15 h 38 | 0 COMMENTAIRES
Vies Quotidiennes Délurées

Dépeindre des situations quotidiennes, en les détaillant et en allant un petit peu plus loin qu’une simple description sommaire et ennuyeuse, en allant dans la vulgarité gratuite et trash d’un pareil tableau.

0:00 Derniers tramways disponibles

Je suis assis à côté d’une chinoise obèse, les yeux rivés sur son portable en train de jouer à un RPG japonais ou chinois, des traces de farine sur les cuisses, un panier rempli de légumes et de courses diverses et variées où sortent des céleris, des carottes (et autres objets ostentatoires utiles pour la masturbation anale ou vaginale. Un répit pour ces femmes insatisfaites de leurs maris éjaculateurs précoces ou impuissants.) Passer sa vie dans un monde irréel et le retranscrire dans une réalité malhonnête et blessante. On voit bien que cette femme est malheureuse, dans sa peau, sa vie. Elle rentre chez elle avec un sac de provisions sous le bras, son portable qui ne vibre plus que pour des publicités reçues par sms, son visage dépité parcourt son salon vide. Manque cruel de décorations originales ou personnelles. Elle découvre dans un soupir un homme gros, allongé sur le canapé, les pieds poilus reposés sur une table basse Ikéa. Elle est étouffée par un mari trop présent et trop autoritaire. Elle se soumet telle une esclave au XVIIIe siècle, frustrée de voir son mari et son manque de romantisme, son excès de jalousie et son omniprésence dans sa vie triste. La sexualité, elle la découvre dans des livres ou dans des séries télé qu’elle bouffe littéralement à longueur de journée, faute de trouver un travail décent. Son mari la dégoutte mais elle ne peut pas le quitter, qui voudrait d’elle sinon ?

A côté d’elle, se trouve une jeune femme de 25-30 ans, enceinte jusqu’aux oreilles, le visage fatigué, les traits tirés et les rides marqués. Un bel avant-goût de la beauté de la grossesse. Elle attend impatiemment ce jour fatidique, le jour où, le vagin déchiré par la pression, elle expulsera ce parasite qui a mis des mois à se développer. Des mois à manger comme quatre pour nourrir un être en devenir, des mois à vomir tout le contenu de son estomac, des mois à ne plus pouvoir apprécier ce qu’elle aimait manger auparavant, des mois à aller aux toilettes toutes les trente secondes. Une horreur qui va se terminer par le plus beau jour de sa vie, quand elle regardera le visage neutre de ce bébé, les yeux plissés, non encore ouverts, encore préservés de l’innocence et la pureté de son habitation organique. Quand elle comparera son physique avec celui de son mari ou elle et trouvera à qui il ressemble le plus. Quand elle posera sur son sein la petite tête douce et encore humide de ce bébé, son bébé.

En face, un couple en train de se papouiller. Elle : talons hauts noir, collants de la même couleur, une jupe ras la salle de jeu et un manteau en fourrure imprimé léopard. Bref, une pute ! Et son mec assis près d’elle, le doigt prêt à partir dans sa chatte, elle lui caresse avec insistance la cuisse. Le spectacle sera bruyant et sportif quand ils rentreront chez eux. L’homme est moche, tristement habillé, les cheveux longs et le pantalon usé. On ne comprend pas trop l’alchimie entre eux deux. A part peut être, un point commun sexuel, une connexion retrouvée au lit : la nymphomanie ou le satyrisme. Peut-être a-t-il un GROS atout qu’il lui plaît ? Elle, on le sait, ferait bander n’importe quel homme en manque donc ça ne vient sûrement pas de lui. Il ne fait juste qu’être un homme, il choisit la plus pulpeuse qui acceptera de coucher avec lui. Par contre, à l’opposé, elle est attirée par quelque chose de matériel. Une envie qui la pousse à persévérer son illusion charnelle. Un besoin nécessaire pour assouvir ses fantasmes les plus inavouables comme par exemple, être insultée de salope ou de pute pendant qu’elle se fait prendre en levrette devant un public ébahi, leurs mains secouant leurs sexes désabusés. Une base humaine, des outils faits de membres et de pénis érigés, occupés à lui procurer un plaisir immense. Prendre les hommes pour des machines sexuelles, pour une fois que c’est l’inverse. La soumission de l’homme face à la femme quand il s’agit de bombe sexuelle ou de pin-up qui n’ont peur de rien. Elle se dit qu’elle pourrait faire la même chose que des mannequins mariées des dizaines de fois. Elle sait très bien ce qu’elle reflète, elle sait parfaitement l’effet qu’elle procure sur les hommes. Pourquoi n’en ferait-elle pas un avantage ? Comme un homme superficiel et beau, elle profite de sa notoriété physique pour attirer les faveurs et les fantasmes. Or c’est ce qu’elle veut, combler des fantasmes, remplir une liste de fantasmes non encore réalisés, prêts à être proposés et réalisés dans les plus brefs délais.

Un autre couple me regarde : je sens qu’il remarque mon attitude un petit peu moins viril que les rugbymans ou les maçons, les jambes croisées, le regard lointain, j’ai hâte de rentrer chez moi et de me coucher. Et je vois ces deux abrutis le visage étiré par l’alcool en train de m’analyser, de faire des remarques un peu hautes, de rire ensemble… Je l’avoue il y a peut-être un peu de paranoïa ajoutée mais je suis quasiment persuadé qu’il moquait mon orientation. Comme un petit groupe d’hommes perfides se frottant les mains sur la misère humaine, les poches remplies de cash débordent d’avarice et de cupidité. Un groupuscule armé de grandes dents toutes plus banches que jaunes, des monocles sur leurs longs nez disgracieux, débute une partie de poker dans une salle mal éclairée, respirant la fortune et la corruption. Ils parlent de la misère du monde et des normes sociales dictées par l’élite de la nation. Ils discutent de ce qu’il faut faire et ne pas faire, ce qu’il faut montrer et cacher par la suite. Ils vagissent sur les orientations multiples des hommes et prônent une conception ancienne et hétéro-normée d’une société en plein essor. Les pd ou les tapettes n’ont rien à faire ici, dans ce monde ! Qu’ils aillent s’enculer ailleurs et qu’ils ne polluent pas la sexualité de nos pures éphèbes et de nos gracieuses vierges. Pertinent. Surtout venant d’eux car leur sexualité se résume à deux grognements, la sueur au front, la bite dans un bourrelet sans le remarquer, les dents serrées, des crampes aux cuisses. Ils assistent inconsciemment à leur impuissance et leur manque de pratique. Eux qui critiquent les hommes, ne sont pas foutus de baiser correctement et de satisfaire leur femme qui, depuis le temps, a oubliée elle aussi ce que c’était que de se faire pénétrer.

Un autre homme vient s’asseoir sur un siège à gauche de moi. Il est gros, suant, une casquette sur la tête, un complet jogging-basket digne des grands stylistes parisiens, une bière dans la main et deux dans la poche ventrale de son manteau. Tel un kangourou qui aurait sombré dans l’alcoolisme plutôt que dans la nature, l’obésité androïde marquée, il fixe une nana un peu trop bien habillée pour ce tramway d’ivrognes et de pervers lourds. On sent dans ses yeux l’envie, l’appétit sexuel de se taper une femme comme elle. On s’attend à une légère modification de la voussure au niveau de sa braguette, une fois les images en tête. Il s’imagine peut-être la baiser violemment et la satisfaire des heures durant. Mais la réalité revient au galop et l’éjaculation se fait trop rapide. Lui, honteux et elle, frustrée se quittent dans un « au-revoir » qui en dit long sur des souffrances inopérables et refoulées qui touchent les petits comme les grands, les mieux dotés comme les plus modestes.

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