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Culture | Non classé | Perso | 08.03.2017 - 18 h 18 | 0 COMMENTAIRES
Un Soir d’Hiver : Colère

Non, je ne suis pas mort, non, je ne suis pas parti vers d’autres horizons lointains qui font rêver chacun et qui au final, déçoivent par leur banalité. Je me suis juste perdu en chemin, dans un chemin boueux, profond, avec du vent dans le visage, les yeux à demi-fermés, luttant faiblement contre une tempête qui me dépasse. Comme un acteur qui lutte contre un énorme ventilateur, sensé représenter un cyclone ou un typhon (je ne connais pas la différence et je m’en fous), je lutte, lutte, une lutte acharnée et vaine car elle ne concerne que moi et qu’elle ne pousse que ma personne. Je me suis perdu dans mon orientation, dans ma situation personnelle comme professionnelle, je me suis remis grandement en question, il y a des périodes dans la vie où on se remet en question brutalement et de manière vraiment exhaustive, la fin 2016 a été une de ces périodes-là et d’ailleurs, elle l’est toujours, plus ou moins. Je dis pas que maintenant j’ai tout résolu, loin de là, mais j’ai mis de l’ordre dans ma vie et il me reste encore de grandes étapes à franchir pour être totalement libre, libre au point de ne plus avoir l’impression d’être enchaîné à un bloc de béton, de ne pas pouvoir vivre librement, d’être encore sous une contrainte. Je n’exprime cette liberté que dans ma maigre chambre qui fait office d’appartement, je l’exprime par une nudité quasi-quotidienne, de la danse, du chant, du yoga à poil, des exercices de sport. Quand j’arrive chez moi, je quitte mes habits pour me geler les couilles agréablement, j’augmente la température de mon radiateur, je mets une petite musique histoire de faire bien cliché comme Macho Men des Village People et c’est parti pour une soirée des plus classiques. J’ai pris cette habitude de me balader à poil chez moi, de faire mes révisions à poil sur mon lit, de danser et de faire du sport à poil, de faire la vaisselle à poil, de me préparer à manger, d’appeler mes amis, d’envoyer des textos, de chatter, …etc. Bref, une vie normale mais sans vêtements et je serais tellement heureux de pouvoir le faire en dehors de mon appartement, par exemple aller faire mes courses, ce serait un pied pas possible. On a tous plus ou moins tenté l’expérience de se balader sans caleçon ou sans culotte un jour, histoire de voir si ça change quelque chose, c’est pas extrêmement bien, en fait, tout est plaqué contre le pantalon et du coup, l’espace devient vite irrespirable, les testicules se tordent et la marche quotidienne devient un calvaire. Certains le font par habitude, moi, je ne le retenterais pas de si tôt. J’ai l’impression que je m’épanouis seul et non plus accompagné comme autrefois, j’ai cette impression de concentrer (à tord!) toute mon attention sur ma petite personne, comme un égoïste pur et simple qui regarde pas plus loin que le bout de son nez. J’articule ma vie dans mes loisirs, ma vie professionnelle, sans pour autant jubiler d’un bonheur commun ou partagé, le partage dans ma vie se résume à ma vie sexuelle où c’est bien le seul moment où je partage des choses avec des inconnus ou des connaissances, parfois dans une joie commune, parfois dans une joie unilatérale, parfois dans aucune joie, parfois dans le regret, parfois dans la peur et l’ennui. Je fais des étirements jusqu’à sentir mes muscles se tendre au maximum, avoir l’impression qu’il n’y a plus de mouvements possible et je reprends mon souffle et mes muscles trouvent une seconde force interne qui les tend encore une fois plus loin, comme lorsque plus jeune, je m’essayais à l’auto-fellation, au plaisir que cela pouvait procurer mais surtout au mal de dos le lendemain, à chaque fois, toujours le lendemain. Je m’étire dans l’espoir de me déformer, de rendre mon corps malléable, comme un bout de pâte à modeler, de le rendre aussi méconnaissable dans sa maigreur, mes côtes ressortent de plus en plus, j’ai le ventre de plus en plus plat, je perds les muscles que j’avais difficilement fait gonfler, je deviens un haricot sec qui n’a plus vu d’eau depuis des années. Je perds des kilos mais je gagne en souplesse, en équilibre, en apaisement, en communication avec moi-même, en équité et en paix intérieur, je sais, tout ça, on dirait une brochure de chez Nature & Découvertes mais c’est la vérité, c’est parfois des citations bateau qui ont plus de sens que des citations à rallonge à la mode. J’ai beau être seul, j’ai trouvé en moi une paix et une acceptation grâce à la méditation et la remise en question. J’ai beau ne pas connaître, ni côtoyer mes voisins (certains sont de beaux mâles, dont un certainement gay, j’en suis sûr), j’ai le sentiment d’être entouré et d’être apaisé, le sexe n’est plus une nécessité comme autrefois, il n’est plus le reflet d’une liberté, il est un accompagnement facultatif dans une vie déjà pesante et tortueuse. Le sexe n’est plus une obligation, une pulsion monstrueuse difficile à dresser, c’est un plaisir de la vie comme un autre, comme manger, sortir, se cultiver, c’est aussi simple que cela. Il est loin le temps où le sexe était une raison de vivre et où, tout juste sorti d’un célibat interminable, il était mon shoot de coke, ma substance addictive, la chose à faire et à développer absolument, histoire de montrer à tous que je ne suis plus cet homme ennuyant et timide, inutile en somme que j’étais auparavant… Suis-je assez fou pour croire toutes ces interrogations ? Suis-je le seul à penser de la sorte, je ne le saurais jamais, je ne suis pas assez fou pour ça.

Pour couronner le tout, je me suis inscrit sur Grindr/Hornet, applications qui font polémique par sa stigmatisation mais qui sont néanmoins indispensable à l’épanouissement de certains hommes en manque d’affection, de sexe et d’amour (effectivement, on sait jamais). J’ai sauté le pas en mettant une photo de mon visage sur mon profil, j’ai sauté le pas en rencontrant mon premier plan grâce à l’appli, j’ai sauté le pas en me détestant une fois le plan terminé, j’ai sauté le pas en désinstallant l’application un soir et en la réinstallant le lendemain matin, j’ai sauté le pas quand je découvre les mêmes têtes tous les jours connectées au même moment, j’ai sauté le pas quand la photo d’une bite fait office de BONJOUR, j’ai sauté le pas quand il est plus simple de jouer au loto que de trouver une relation amoureuse. Ne nous mentons pas non plus, à la base, on télécharge cette application pour baiser, purement et simplement, on se ment terriblement si on le fait pour « rencontrer le prince charmant que je rêve depuis toujours », c’est vivre dans un conte de fées qui n’existe pas et qui n’a jamais existé. On est pédé, on est jeune, on est vivant, on est pas naïf (je parle pas pour tout le monde) donc on cherche pas en priorité un amant, un amoureux, RETOUR AU COLLÈGE MESSIEURS. En ouvrant l’application, on découvre un panel monstrueux d’hommes plus ou moins frustrés par la vie, plus ou moins touchés par la grâce, plus ou moins cons, plus ou moins instruits, un pot-pourri qu’on trouve dans les toilettes, histoire de masquer les mauvaises odeurs, une sorte de leurre où les corps fabuleux règnent en maîtres incontestés, un physique qui fait regretter son ventre un peu grassouillet, qui fait regretter la taille normale de son pénis, des regrets qu’on retrouve lorsqu’on regarde du porno, autrement dit, tout ça n’est pas la réalité. Quant il s’agit de rencontres amoureuses ou de plans culs, la concurrence amène la jalousie (j’en suis un vestige, bonjour) qui amène la haine et l’envie, qui amène la colère, qui amène la tristesse, qui amène la dépression et qui amène ensuite tous pleins de misères. La preuve, je n’ai jamais de réponses spontanées et si j’en ai, c’est rarement des hommes qui me plaisent. Car je me rends compte que je deviens gâteux, un vieux bobo mondain qui trie les hommes comme on trierait des feuilles de salades pour mettre dans un plat gastronomique, c’est tout ce dégoût de moi-même qui s’accumule et qui fait que je me déteste de plus en plus, gavé de pensées qui me dépassent. C’est terrible de se voir comme ça, autrefois, quand j’avais un portable pourri qui ne faisait pas d’applications, j’étais innocent, préservé de cette sélection commerciale et superficielle que ces merdes produisent. Mais galvanisé par une excitation proche de la perversité maladive, j’embrasse ma curiosité et je télécharge ces applications, rien que pour savoir quel est l’homme charmant qui se trouve le plus proche de chez moi. C’est pour entretenir des fantasmes terribles, et je me rends compte que je n’ai guère changé mes habitudes, je me masturbe à la même fréquence, je fréquente les mêmes sites porno, j’ouvre toujours tous les matins les applications à la recherche d’un message imaginaire posté la veille au soir mais contrairement à ce moment de routine, en ce moment, je suis dans une phase descendante où tout me dégoûte, mon corps, mon sexe que je ne touche quasiment plus hormis aux toilettes, le sexe en général, je continue de parcourir les milliers de visages sans nom qui peuplent ces temples de la baise gratuite et rapide comme si on parcourt l’application de VDM, rien que pour passer le temps, sans but précis. Et puis évidemment, on tombe sur les pires hommes de la Terre, ceux qui ont la cervelle collée à leurs couilles ou à leur ego et non, ils ne cherchent pas d’hommes « normaux » mais que des « masc » parce qu’on est pédé mais bon, on veut pas non plus qu’on le soit trop alors les « tafiolles » ou les « folles », du balai ! Bref, c’est marrant mais c’est surtout triste de voir que le type d’homme en vogue est un homme masculin, style hétéro, viril mais avec pas trop de poils, mais avec des poils quand même parce que sinon ça fait trop pédé, avec de l’esprit (pas comme eux), moins qu’eux car sinon ils se rendraient compte qu’ils sont les plus cons, avec des muscles parce que ça montre que tu passes pas ton temps à glander sur un canapé avec des chips en guise d’amis imaginaires, de la barbe parce que ça fait hipster et branchouille. EN CLAIR, de la stigmatisation pour des élites qui se croient plus intelligents que tout le monde, qui crachent et qui jugent tout ce qui a des pieds, une bite ou un cul et qui attendent patiemment, après avoir rempli leur compte Instagram de photos de leur petit-déjeuner, que les propositions arrivent sur un plateau en argent. A tous ces mecs, je leur dis : cassez-vous, vous ne faites pas parti d’un mouvement ouvert, fort et uni qu’est le LGBT crew, vous bafouez ce que des gens ont mis des siècles à construire, vous enterrez la tolérance et déterrez des principes moyenâgeux, à tous ces gens : je vous emmerde.

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