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Non classé | Perso | 13.09.2016 - 19 h 55 | 0 COMMENTAIRES
Un soir d’été : Essayage

De la merde dans les yeux, sur mon corps et dans mon appartement, les couches de poussière s’accumulent sur des surfaces sales, remplies d’éclats de graisse de la cuisine, de miettes de pain. Du Rocky Horror Picture Show dans les oreilles, on remarque quand on porte des oreillettes toute la journée que les oreilles grattent, la journée est morose comme la météo et on reste assis sur une chaise qui fait mal au cul, les yeux aspirés par l’écran de l’ordinateur. I’m just a sweet transvestite from transsexual Transylvania sur Spotifiy, je me tâte sur une sortie entre amis qui se finira entre une pinte de bière et des regards insistants, autour d’une table de bar ou dans l’herbe verte d’un bord de fleuve, je me tâte à rester chez moi comme un ermite qui pue la transpiration d’un t-shirt non lavé depuis des semaines et le sexe d’une masturbation compulsive à plus de six fois par jour, la main collée à son appareil génital condamné à n’exercer qu’une seule action mécanique. On rebrousse chemin et on écoute gentiment Time Warp puis Science fiction/double feature, le silence dans la pièce s’installe progressivement et le cerveau commence à ne plus répondre. Du papier-bulle se trouve à côté de moi, je pète frénétiquement chaque centimètre carré de bulles dans un claquement presque orgasmique puis quand je me lasse de la répétitivité de l’action, je m’habille et je me regarde dans le miroir de ma salle de bain. Une salle de bain d’étudiant comme on les apprécie, remplie de moisissures et de saleté à outrance, des cotons tige sur le lavabo, des tonnes de dentifrice usagés dans un pot près du savon, dans un environnement humide et moite où les serviettes collent et ne sèchent plus. Et là, je me regarde dans le miroir, je vois mon visage fatigué, des cernes sous mes yeux verts, des poils multicolores dans ma barbe de plusieurs semaines, des grains de beauté parsemés un peu partout sur mon visage et mon corps, je suis vêtu d’un justaucorps noir, mes poils de torse ressortent terriblement comme des frisottis de poils pubiens qu’on veut normalement absolument cacher mais là, je m’en fous, c’est entre moi et la glace. Puis des collants noirs qui grattent, où les poils traversent la maille et sortent comme des tentacules dans un hentaï, je suis vulgaire, féminin et en même temps terriblement viril, c’est étrange comme sensation de se voir se travestir et d’en apprécier chaque détail. Même les bourrelets de mon ventre et mes poignées d’amour sont craquantes, loin d’être un défaut ou un complexe. Si je pouvais, je me baiserais. C’est cette ambiguïté, que dire ! cette chance de mélanger les genres et de les casser pour ne faire qu’une seule unité riche et hétéroclite. C’est mettre les gens dans des cases que de les rattacher à un genre et tout ce qui en découle, une petite fille n’est pas normale si elle apprécie des jeux ou des sports de garçon, les parents se posent des questions sur leur éducation et leur culpabilité dans les goûts de leur fille adorée Qu’est-ce qu’on a fait de mal ? et toutes les conneries qu’on peut débiter ensuite… Je me vois comme un homme et pourtant, j’apprécie de me sentir femme de temps en temps, ça ne fais pas de moi quelqu’un d’asexué ou d’agenre, je me considère comme un homme mais j’accepte entièrement la part féminine qui entoure chaque homme et que chacun réprouve plus ou moins. Là n’est pas la question de mon genre ni de mon identité mais le plaisir qui découle de s’habiller dans des vêtements qu’on ne porte pas tous les jours et qui vous rend étrangement plus grand, avec une impression de puissance sans fin, comme après une prise de méth. Je me vois habillé comme ça, tout seul, dans ma misérable salle de bain et pourtant, j’ai l’impression d’être sur une scène et dans ce cas, les collants seront remplacés par des porte-jaretelles noirs style Frank N Furter, je me vois chanter le Galop Infernal dans l’opéra-bouffe d’Offenbach Orphée aux Enfers, entouré de satyres, de personnes folles à lunettes, de femmes bien en chair dans le style burlesque. J’adorerais assister à un spectacle burlesque, voir les formes et les couleurs se mouvoir dans un océan de danse et de chair nue. Fermer les yeux et se retrouver sur le devant de la scène, sentir la chaleur des projecteurs sur mon visage maquillé, c’est ce qui m’assaille quand je me regarde dans la glace, ce bout de verre qui vous fait remettre tout en question et qui projette ce que vous êtes réellement, c’est-à-dire un mensonge pur et simple. Mais je me complets dans ce mensonge et je termine cette séance d’habillage intime par une clope bien méritée, histoire de finir sa rébellion correctement. Une clope menthol car, oui, on est pédé ou on ne l’est pas.

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