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Non classé | Perso | 07.09.2016 - 16 h 11 | 0 COMMENTAIRES
Un Exercice ou une Expérience

La musique trop forte dans des oreilles déjà abîmées, je sens le mal de tête qui sombre dans mon crâne revenir à la charge, ce même mal de crâne qui me pourrit la vie depuis des dizaines et des dizaines d’années et celui qui m’accompagne dans les moments de pur bonheur ou à l’inverse de pures folies et de tristesse sans nom. On ne peut pas tout expliquer et tout décrire dans la tête d’un pédé qui apprend petit à petit, qui découvre finalement l’héritage d’autres pédés célèbres avant lui et ce que d’autres font encore aujourd’hui pour soutenir une minorité qui hurle et monte sa voix d’années en années. Je peux le dire maintenant : je suis fier d’être pédé ! On va dire qu’il dit tout le temps « pédé » mais je suis le premier à m’appeler comme ça et j’en suis heureux, heureux de cracher à la gueule de tous les réac qui crient au non-naturel, heureux de faire parti d’une communauté et d’adorer cette position. Les insultes, il faut se les approprier encore et encore, de peur ou d’anticipation, c’est toujours mieux quand on se les dit soi-même, plutôt que de les entendre faiblement, dit entre deux dents, dans un serrement de mâchoire crispée par la haine. A l’extrême, j’aimerais m’habiller en femme, du rouge à lèvres rouge sur mes lèvres, du bleu sur les paupières, une robe noire un peu moulante, une belle pute, une magnifique pute qui emmerde tout le monde, voilà ce que je voudrais mettre dans une boîte ou dans un endroit assez ouvert pour ne pas se faire péter la gueule à chaque angle de rue. Aller à San Francisco, ça fait cliché mais c’est là aussi où il y a des tonnes de mecs tous plus chauds qu’une cheminée, le Marais en beaucoup plus grand et plus fou. Quand je réfléchis à ce que je serais plus tard, je me vois comme un vieux qui écoute du Johnny Clegg et du Pink Floyd dans un peignoir mauve, pieds nus en train de déambuler dans un appartement acheté sur le tas aux États-Unis ou au Canada, loin de toute cette merde homophobe, mon homme de toujours pas loin, dans la pièce d’à côté qui lit du Hemingway, les doigts de pied en éventail sur un divan style Louis XVI. C’est fou comme en réfléchissant un peu, les envies du moment et les fantasmes immédiats ressortent et découpent un tableau parfait, tout ça m’a l’air bien idyllique, je pourrais être dans la rue à mendier de pauvres centimes, après avoir divorcé d’un mariage raté, en train d’enterrer les soucis dans l’alcool, classique. Ou encore ne pas avoir eu le temps d’accomplir des choses dans la vie et d’être décédé trop tôt, emporté par une maladie fatale. Je ne sais pas et on ne sait pas ce qu’on deviendra plus tard, on ne peut que spéculer sur un fantasme ou un rêve d’enfant ou de pédé, je repose sur l’imaginaire qui ne ne me quitte plus depuis des années, il a été d’ailleurs un compagnon de voyage exemplaire. Je réfléchis sur la labilité des sentiments et le fait ou non de retourner avec un ex qui m’a lâché comme une merde ou encore reparler avec des gens que j’ai pas vu depuis des années et qui m’aborde, les yeux rougis par l’alcool ou le pétard, avec une facilité déconcertante. Le discours est vague et l’échange lent, ponctué par de lourds blancs qui, quand on est bourré, passent inaperçus. J’ai pas envie de m’embarrasser avec toutes ces conneries de folles ou d’hétéros, les hétéros comprennent pas, ils ne se rendent pas compte mais bon, on ne peut pas leur en vouloir, ils ont juste choisi la voie la plus simple et toute tracée. Marre de faire le distinguo hétéro/homo : on s’aime, on baise, on vit et puis c’est tout ! Les maladies, les microbes, les rejetons, les conflits, tout ça vient après.

Comme un monologue dans un mauvais magasine pour ménagères déprimées, on peut lire en bas de page : « le soir, posez-vous tranquillement sur votre canapé ou votre lit et fermez les yeux, sans faire un seul et unique mouvement, relâchez toute la tension de la journée en vous décontractant lentement mais sûrement, un peu comme un début de pénétration. Pensez à ce que vous pourriez devenir plus tard, vieux ou jeune, l’intérêt est de se projeter en avant et de découvrir ce qui vous fait envie. Et là, tout vient petit à petit, on se découvre écrivain, baroudeur sur des îles perdues, seul ou en famille avec une photo digne des meilleurs paquets de gâteaux, physiquement usé par le temps ou au contraire, très jeune et pas une ride, redevenu hétéro par envie ou pression sociale, devenu femme par révélation et bravoure, un travelo misérable dans un freak show des années 30, rien ne dit que ça doit être un rêve moderne, on peut très bien se voir copuler avec des hommes et des femmes en plein festival de Woodstock, un papier buvard tout juste fondu sur la langue. Bref, respirez profondément, à rythme normal mais profond, le noir de votre champ visuel est remplacé par une photo de vacances, une carte postale timbrée ou encore ressemble étrangement au tableau accroché dans le salon de grand-mère. Envahissez-vous de cette vision et profitez de l’instant car avec la vie qu’on mène maintenant, rare est le moment où on se pose vraiment et où on réalise un peu d’introspection. Laissez toute la scène monter et descendre dans votre corps (c’est là où l’auteur part en couilles et commence à fumer ses chaussettes de montagne), elle doit parcourir toute la surface de votre corps et à chaque passage, rajoutez un détail en plus, jusqu’à épuisement. Finalement, revenez petit à petit à l’écran noir et ouvrez délicatement les yeux, vous êtes de nouveau allongé sur votre lit ou votre canapé et méditez sur l’expérience éprouvée. » Pour être honnête, je me suis pris au jeu et en fonction du degré d’emprise ou de stupidité, ça dépend des septiques ou non, ça m’a fait un bien fou et je le recommande quand on ne sait pas trop quoi faire et au lieu de se masturber ou de perdre son temps sur son ordinateur, un peu de méditation ou de yoga ne peut que faire du bien !

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