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Culture | Non classé | Perso | 13.04.2016 - 17 h 22 | 0 COMMENTAIRES
Vies Quotidiennes Délurées 2

Supporter une conversation bruyante dans un endroit clos et renfermé, boire des bières à s’en exploser le bide et ainsi vomir discrètement sur un pare-terre de pelouse dans un gargarisme bulleux, c’est vivre une vie banale de mec flingué, à la dérive, dans un environnement souillé et pernicieux. « Tu ne permets juste rien du tout. Tu vas d’abord me soigner cette mauvaise peau et ensuite tu te permets, ok ? »

18:00 Sortie près d’un square

Exhiber du papier Q en sortant du supermarché, c’est montrer aux passants la manière et le matos avec lequel on se nettoie le cul. Comme si on exposait à une partie du monde, son intimité, celle que tout le monde réalise. Car tout le monde (quasiment) se frotte le cul avec du papier une fois qu’il s’est déchargé de quelques kilos. Mais bizarrement, quand on se balade dans la rue avec des rouleaux qui dépassent de votre sac, les gens sont comme absorbés par cette offrande pudique, intime. Intrinsèquement, on réalise la même routine quand il s’agit d’aller aux toilettes mais on a une attention perverse à savoir comment les autres le font. Tel un mode d’emploi pour le cul, choisir la bonne texture des papiers, la douceur parfaite pour effleurer une peau si douce et parfois négligée.

23:30 Retour à domicile à pied

Je marche depuis plus de trente minutes, mes hanches me font mal, mes talons commencent à souffrir… J’observe les fenêtres encore allumées où des têtes dépassent, où l’on devine une décoration fleurie, moderne parfois ou encore inexistante. Je fantasme à chaque passage d’un beau mec : me faire emmener dans un de ces kebabs pour sucer quelques inconnus. Ce soir-là, je me sens terriblement excité par chaque homme que je croise, particulièrement des bruns barbus, mon kiffe. Bref, je me fais des tonnes de film, d’univers parallèles où un jeune homme esseulé tombe par hasard sur une île déserte peuplée de beaux éphèbes grecs, huileux, musclés et poilus. Aaahh quelle découverte ! Je repartirais de cette île en conquérant, un explorateur de terres vierges et sauvages, mon roman d’aventure sous le bras, écrit avec du charbon et une plume de Charakchakoua, un oiseau disparu de nos jours. Dans mon bateau, le regard à l’horizon, le soleil dans les yeux, je sourirais et j’exploserais de joie devant la satisfaction d’avoir fait une découverte majeure, d’avoir pu aussi récupérer quelques IST sur le passage et de les exporter fièrement sur le continent.

20:30 Au retour d’une pièce de théâtre magnifique

Je suis assis tranquillement dans le tram : un homme en face de moi me matte sans vergogne, en fixant mon paquet un peu boursouflé artificiellement par mes jambes croisées. Cet homme est banal, sans atout physique particulier ni charme facial quelconque. Comme un début de rencontre à la Looking entre Patrick et Richie mais qui finalement, n’aboutira pas. La scène la plus intéressante ne se passe pas avec cet homme brun mais elle se déroule à côté de moi. Une femme plutôt jeune, vers 25 ans, les habits clairs, des chaussures noires à talons, portant un discret sac à main. La chevelure blonde avec de magnifiques racines brunes, le genre de coiffure qui effraie la plus folle des coiffeurs. Elle parle fort dans son kit main-libre pour raconter une histoire des plus communes : un banal syndrome grippal chez son fils, un message super hilarant d’un certain Abdul, bref, une vie des plus pathétiques. Elle a sûrement eu un fils d’un homme qui l’a quittée juste après qu’elle ait accouchée. Comme une serviette mouillée que l’on jette après une vaisselle trop importante ou encore comme un géranium qui ne fleurit plus et qui a trop bourgeonné.

On la voit comme une mère jeune qui, pour se rebeller de parents trop protecteurs, se fait engrosser dès 17 ans par le premier venu doté d’un pénis. Et avec un peu de chance, elle se dépucellera dans le même temps. Un désir de grossesse précoce aussi incompréhensible que dangereux. Pour montrer au monde son mal-être et son instabilité psychologique, elle fait souffrir avec elle, un humain en devenir qui n’a rien demandé. Il arrive comme un cheveu dans la soupe, en plein chaos, dans une situation compliquée, complexe, difficile, bref, un terrain parfait pour un nourrisson.

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